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Affaire Le Scouarnec : une enquête ouverte pour non-empêchement de crime

Quentin Haroche | 23 Juillet 2025

Deux mois après la condamnation du médecin pédophile, la justice souhaite savoir si des personnes se sont abstenues de l’empêcher d’agir.

L’affaire Joel Le Scouarnec, ce médecin reconnu coupable d’avoir violé et agressé sexuellement près de 300 de ses patients pendant plus de trente ans, n’est pas encore totalement terminée. Certes, le criminel a été condamné le 28 mai dernier, après trois mois d’un procès éprouvant, à vingt ans de réclusion criminelle et puisqu’il n’a pas fait appel, l’affaire est, sur ce volet, close. Mais la procédure vient de connaitre un nouveau rebondissement : le parquet de Lorient a en effet annoncé qu’il avait ouvert une information judiciaire contre X pour « abstention volontaire d’empêcher des crimes ou des délits ».

L’annonce a été faite vendredi dernier par Stéphane Kellenberg, qui était l’avocat général lors du procès. « A la suite de l’enquête préliminaire initiée par mes soins en 2020, cette saisine va permettre au magistrat instructeur de diligenter, dans ce cadre, tous actes utiles complémentaires, notamment aussi à la lumière des éléments issus du procès » a indiqué le magistrat, qui précise que cette enquête a été ouverte au mois de juin. Il faudra distinguer « ce qui pourrait relever de la responsabilité civile ou administrative et de la responsabilité pénale » a-t-il précisé.« Il y a ceux qui savaient mais qui, peut-être pas sciemment, ont fait preuve de négligence ».

Les lâchetés qui ont permis au Dr Le Scouarnec de nuire

Cette enquête permettra de mettre la lumière sur les nombreux « dysfonctionnements », comme les avait qualifiées pudiquement l’Ordre des médecins, qui ont permis au Dr Le Scouarnec de violer ses victimes en toute impunité pendant plusieurs années. Rappelons que le chirurgien avait été condamné une première fois en 2005 pour détention d’images pédopornographiques. Bien que sa condamnation ait été rendue public et malgré la mobilisation d’une poignée de médecins, le Dr Le Scouarnec n’avait reçu aucune sanction disciplinaire et avait pu continuer à exercer. Il violera des dizaines de victimes supplémentaires avant d’être arrêté en 2017.

Durant le procès fleuve du Dr Le Scouarnec, la cour criminelle de Vanves était longuement revenue sur la manière dont le médecin avait pu passer entre les mailles du filet. Les directions hospitalières, l’administration de la santé mais aussi (et peut-être surtout) l’Ordre des médecins avaient été pointés du doigt pour leur négligence, leur corporatisme, bref pour leur lâcheté. « Joël Le Scouarnec devait-il être seul dans le box ? » s’était alors interrogé Stéphane Kellenberg. « Il aurait pu être fait mieux, être fait autrement, même au milieu du fameux millefeuille administratif français, chacun se renvoyant allègrement la balle jusqu'à ce que cette balle soit perdue et percute des innocents » avait commenté le magistrat.

Les professionnels de la justice, victimes collatérales du procès de l’horreur

Au-delà de cette nouvelle enquête, l’affaire Le Scouarnec continue de faire des victimes collatérales. On a ainsi appris le 9 juillet dernier, le décès, semble-t-il par suicide, de Maître Maxime Tessier, avocat de Joel Le Scouarnec, à seulement 34 ans. Bien que les motivations du juriste pour mettre fin à ces jours ne soient pas connues, certains imaginent que la violence et l’horreur à laquelle il a été confronté pendant ces années ne sont pas étrangères à ce geste désespéré. « De telles audiences engendrent inévitablement des victimes collatérales : lorsqu’elle est solitaire et prolongée, la défense de ce type de crimes constitue, à l’évidence, un tel déclencheur » analyse dans une tribune pour Libération le Dr Guillaume de La Chapelle, psychiatre, qui estime qu’un soutien psychologique devrait être proposé aux professionnels de la justice dans ce type d’affaire particulièrement traumatisante. Jeudi dernier, un numéro vert de soutien psychologique géré par le collectif féministe contre le viol a d’ailleurs été créé, à l’intention des victimes de Joel Le Scouarnec mais également de toutes les personnes impliquées dans cette affaire.

Rappelons par ailleurs que, durant le procès, une nouvelle enquête visant à identifier d’autres victimes du Dr Le Scouarnec avait été ouverte. Aussi effroyable que cela puisse paraitre, les 299 parties civiles de son procès ne constituent en effet vraisemblablement pas l’ensemble des victimes du satyre, qui a avoué, durant son procès, d’autres faits de viol inconnus jusque-là de la justice. 

Un nouveau procès Le Scouarnec aura donc peut être lieu un jour.

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