LA PRESSE SPÉCIALISÉE RELAIE indirectement LA PÉTITION !!! ( dommage ils n'ont pas mis le lien!!!)

Comment l’affaire Le Scouarnec a terni l’image de l’Ordre

JIM.fr Quentin Haroche ; 08 octobre 2026

Plus d’un an après la condamnation définitive du médecin pédophile, l’Ordre se voit reprocher sa mauvaise gestion de l’affaire.

Le 28 mai 2025, après plusieurs mois d’un procès éprouvant, la cour criminelle de Vannes condamnait le Dr Joel Le Scouarnec à la peine maximale, soit 20 ans de réclusion criminelle, pour avoir violé et agressé sexuellement près de 300 patients mineurs pendant plusieurs décennies. Sur le banc des accusés, le chirurgien digestif de 75 ans était seul. Mais depuis que l’affaire a éclaté au grand jour, c’est tout un système qui est mis en accusation et auquel il est reproché d’avoir permis au médecin d’agir impunément pendant des décennies. Avec un coupable tout désigné : l’Ordre des médecins.

Rappelons en effet que les crimes du Dr Le Scouarnec ont en partie été rendus possibles par le silence du Conseil de l’Ordre des médecins. En 2005, le pédophile avait en effet déjà été condamné pour détention d’images pédopornographiques. Averti des faits, le conseil départemental de l’ordre des médecins du Finistère n’avait pris aucune sanction disciplinaire, ce qui avait permis au Dr Le Scouarnec de faire de nombreuses autres victimes avant d’être finalement arrêté, presque par hasard, en 2017.

Un mea culpa qui ne calme pas la colère des victimes

Ce refus dommageable de sanctionner un confrère constitue désormais un caillou dans la chaussure du conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM). Durant et après le procès Le Scouarnec, l’Ordre a plusieurs fois fait son mea culpa et a assuré qu’il avait désormais changé son fonctionnement disciplinaire, afin de ne plus permettre à des médecins pédophiles d’agir impunément. L’affaire Le Scouarnec a été une « déflagration qui a ébranlé durablement l'ensemble des médecins, au premier rang desquels l'Ordre des médecins » et a été « l’occasion d’une profonde analyse, voire une introspection de l’institution, de son mode de fonctionnement et de son système d’articulation des actions disciplinaires et pénales » avait ainsi affirmé le président de l’Ordre, le Pr Stéphane Oustric, en septembre dernier.

Un mea culpa qui n’a pas suffi à calmer la colère des victimes. En janvier, l’association l’Enfant bleu, qui défend les droits des enfants victimes d’actes pédophiles, a ainsi porté plainte devant les juridictions ordinales contre trois médecins membres du conseil de l’Ordre du Finistère en 2006. A l’époque, lorsque le conseil s’était prononcé sur le point de savoir si le Dr Le Scouarnec, déjà condamné pour détention d’images pédopornographiques, pouvait exercer la médecine dans le département, 18 des 19 membres du conseil avaient donné leur accord. En avril, on a appris que deux de ces trois médecins, dont l’un est l’actuel président du conseil de l’Ordre du Finistère, seront bien jugés devant la chambre disciplinaire de Bretagne.

Les autorités et les responsables politiques continuent eux aussi de pointer du doigt la responsabilité de l’Ordre dans ce drame et de lui demander de rendre des comptes. En avril dernier, la ministre de la Santé Stéphanie Rist avait ainsi annoncé le lancement d’une réflexion sur une réforme du fonctionnement de l’Ordre, lui reprochant que « des signalements et des condamnations pénales, y compris pour des faits d’une particulière gravité, n’ont pas fait l’objet de suites appropriées ou ont été traités avec des délais incompatibles avec les exigences de protection des patients et des praticiens». 

Les anti-Ordre ragaillardis par l’affaire Le Scouarnec

Le mois dernier, ce sont les députées Sandrine Rousseau (EELV) et Gabrielle Cathalla (LFI), membres d’une commission d’enquête sur l’affaire Le Scouarnec, qui ont appelé à retirer à l’Ordre son pouvoir disciplinaire en matière de crimes sexuels. « Nous devons absolument redéfinir la notion de confraternité et faire en sorte que les violences sexistes et sexuelles puissent être jugées par la justice et non pas par un entre-soi de médecins dans un huis clos » plaidait ainsi Sandrine Rousseau (oubliant peut-être que l’Ordre ne juge pas pénalement mais sur le plan disciplinaire).


L’affaire Le Scouarnec a en tout cas ragaillardi ceux qui, depuis plusieurs années, dénoncent l’Ordre des médecins. C’est le cas notamment du Mouvement d’insoumission aux ordres professionnels (MIOP), petit groupe de médecins qui demandent régulièrement la dissolution du CNOM et refusent de payer leur cotisation. Ils ont ainsi récemment demandé au parquet de Lorient d’ouvrir une enquête pénale visant l’Ordre pour son rôle dans l’affaire Le Scouarnec. 

« Nous demandons à la justice de s'emparer enfin de la poursuite des complicités dans cette affaire » plaident les médecins anti-Ordre. « Pourquoi la justice se satisferait de poursuites disciplinaires internes à la profession sous couvert des tribunaux d'exception corporatistes que constituent les chambres disciplinaires ? La justice républicaine doit se saisir de ces dossiers pour faire la vraie lumière sur les complicités passées, punir les responsables ou les complices de ce massacre intolérable. Avec l’affaire Joel Le Scouarnec, l’Ordre des médecins français a failli dans la lutte contre la pédocriminalité». 


L’Ordre (dont l’attitude en la matière ne relève pas vraiment de la complicité - Ah bon?) pourrait en tout cas bientôt avoir à s’expliquer à nouveau sur son rôle de cette affaire devant la justice. En août dernier, la justice a en effet ouvert une nouvelle instruction judiciaire contre le chirurgien pédophile, pour une cinquantaine d’autres cas de viols et d’agressions sexuelles, ce qui pourrait aboutir à un nouveau procès devant une cour criminelle. 

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