Harcèlement, privilèges indus et élections contestées : l’Ordre de Paris dans la tourmente
JIM.FR Quentin Haroche. 25 mars 2026
Le Conseil départemental de l’Ordre des médecins de Paris est de nouveau épinglé pour des cas de harcèlement et pour les privilèges indus accordés à certains de ses membres.
Semaine difficile pour le Conseil départemental de l’Ordre des médecins de Paris, qui se trouve depuis peu dans le viseur du Canard enchainé. Mercredi dernier, le journal satirique avait publié les points saillants d’un rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) sur le conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) qui, au milieu de diverses critiques sur la gestion financière de l’institution, mettait en avant la situation délétère de l’Ordre de la capitale. Ce mardi, le palmipède a décidé de continuer son travail de sape, en pointant désormais du doigt le climat de harcèlement qui règne au sein du conseil de l’Ordre parisien.
Rappelons d’abord quelque peu le contexte et la situation déplorable dans laquelle se trouve l’institution parisienne, qui regroupe plus de 25 000 praticiens. Le conseil de l’Ordre de la capitale est en effet englué depuis plusieurs années dans un conflit entre son président, le Dr Jean-Jacques Avrane et ses opposants.
Deux élections annulées en deux ans
Ces deux dernières années, se sont ainsi deux élections ordinales successives, qui avaient pour but de renouveler la moitié des 28 sièges du conseil, qui ont été annulées par la justice administrative : la première parce que le Dr Avrane avait refusé la candidature d’un certain Dr Stéphane Tala, au motif fallacieux qu’il n’avait pas la nationalité française et la seconde parce que plusieurs médecins se sont vus remettre des bulletins de vote préremplis (le vote se déroule en effet par courrier, système quelque peu archaïque qui facilite les fraudes). La dernière élection, qui s’est tenue le 21 septembre dernier, fait également l’objet d’un recours, les partisans du Dr Avrane ayant rendu impossible l’accès à la liste d’émargement (selon ses opposants).
Non seulement ces élections en série sont coûteuses pour le conseil parisien (environ 150 000 euros par scrutin) mais elles paralysent son activité. Pour ne rien arranger, certains membres du conseil se seraient rendus coupables de harcèlement vis-à-vis de salariés du conseil.
Le Canard enchainé a ainsi mis la palme sur un courrier adressé par le comité social et économique (CSE) du conseil de l’Ordre de Paris au Dr Avrane, ainsi qu’au trésorier et à la secrétaire générale du conseil, en date du 18 septembre dernier. L’organisme chargé de défendre les intérêts de la trentaine de salariés du conseil indique qu’une dizaine d’entre eux se sont plaints du comportement, assimilable à du harcèlement, de certains membres du conseil. Le courrier du CSE évoque « des violences internes : cris, dénigrement, harcèlement moral, menaces, humiliations publiques » ainsi que des propos insultants et orduriers.
Vers la dissolution du conseil de l’Ordre de Paris ?
Le 11 mars dernier, le Dr Avrane a indiqué que l’employée du conseil qui serait à l’origine de cette situation de harcèlement avait « quitté » l’organisme parisien, sans préciser si elle avait été licenciée ou si elle avait démissionné. Mais d’autres membres du conseil continueraient à avoir un comportement problématique et un audit interne a été demandé par le CNOM.
Au-delà du harcèlement, le Canard enchainé dénonce les privilèges dont jouissent des membres du conseil de l’Ordre parisien. L’institution se serait ainsi débrouillée pour distribuer à tous ses membres des titres de stationnement, qui leur permettent de stationner gratuitement partout dans Paris la journée. Ces autorisations spéciales sont normalement réservées aux médecins qui effectuent des visites à domicile, ce qui semble loin d’être le cas des membres du conseil. « Ces places de stationnement sont des hochets et une façon d’acheter les gens » confie au Canard enchainé un membre de l’Ordre.
Dans son rapport divulgué la semaine dernière, l’IGF préconise ni plus ni moins que la dissolution du conseil de l’Ordre de Paris et sa mise sous tutelle par le CNOM, décision qui reviendrait au ministère de la Santé. Ce ne serait pas une première : en 2007, à l’époque sur le fondement d’un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS), le ministère de la Santé avait ordonné la dissolution du conseil de l’Ordre de Paris, en raison de malversations financières.
Une préconisation qui semble rencontrer un certain écho : une pétition en ligne demandant la dissolution du conseil de l’Ordre de Paris aurait déjà recueilli plus de 10 000 signatures.
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