Le Dr Rist veut remettre de l’ordre dans les Ordres
JIM.FR Quentin Haroche 31 mars 2026
Dans un communiqué publié ce mardi, la ministre de la Santé annonce des mesures pour assainir la gestion de l’Ordre des médecins.
L’étau se resserre autour du Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) et plus particulièrement de son antenne parisienne. Dans un rapport non encore publié mais dont les bonnes feuilles ont fuité dans la presse il y a quelques semaines, l’Inspection générale des finances (IGF) a épinglé le CNOM pour la gestion discutable de ses finances et sa propension à réaliser des dépenses somptuaires inutiles (notes de taxis faramineuses, organisation d’un congrès fastueux, achat d’une villa à Nice…).
Le rapport de l’IGF se montrait particulièrement virulent envers le conseil de l’Ordre de Paris, qui représente plus de 27 000 médecins parisiens. Englué depuis plusieurs années dans un conflit entre son président, le Dr Jean-Jacques Avrane et ses opposants, le conseil de la capitale a en effet connu trois élections ordinales ces deux dernières années (deux ont été annulées par la justice) et tourne au ralenti. Certains de ses membres sont également accusés de harcèlement ou de s’être décerné des privilèges indus. Une situation qui a poussé l’IGF à recommander ni plus ni moins que la dissolution du conseil de l’Ordre des médecins de Paris.
Un précédent il y a près de 20 ans
Une solution radicale qui semble être sérieusement envisagée du côté du ministère de la Santé. Ce mardi, la ministre de la Santé Stéphanie Rist a en effet publié un communiqué pour réagir à la « mission de vérification conduite par l’IGF entre septembre et octobre 2025, menée en toute indépendance et à l’initiative propre de l’inspection ». Elle y indique que « au regard de la gravité de ces constats », elle a « demandé au CNOM de vérifier si les conditions pouvant conduire à la dissolution du Conseil départemental de l’Ordre des médecins de Paris sont remplies et de proposer, le cas échéant, au directeur général de l’ARS Ile-de-France de prononcer cette dissolution ».
Bien qu’exceptionnel, une éventuelle dissolution du conseil départemental de l’Ordre de Paris ne serait pas une première. En 2007, à l’époque sur le fondement d’un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS), le ministère de la Santé avait ordonné la dissolution du conseil de l’Ordre de Paris, en raison de malversations financières. Un nouveau conseil avait donc été réélu en 2008.
Dans son communiqué, la ministre revient plus globalement sur les irrégularités dans le fonctionnement de l’Ordre des médecins, mais également de ceux des pharmaciens et des chirurgiens-dentistes (également visés par l’inspection), que l’IGF a décelées durant sa mission. « L’inspection révèle des irrégularités dans la gestion financière de ces ordres professionnels : indemnités et défraiements insuffisamment justifiés, dépenses élevées et insuffisamment contrôlées, faiblesse du pilotage territorial des ressources et du patrimoine, ainsi que des manquements aux règles de la commande publique » résume la ministre. « Ces faits sont susceptibles de constituer des infractions pénales » rappelle le Dr Rist, qui indique que l’IGF a saisi le procureur de la République d’un signalement concernant les trois ordres.
Des défaillances dans les missions disciplinaires
Dix mois après la fin du procès Le Scouarnec, qui avait révélé la fâcheuse tendance de l’Ordre à fermer les yeux sur les crimes et délits sexuels commis par des médecins, la ministre de la Santé regrette également que le rapport de l’IGF ait mis en lumière « des défaillances majeures dans l’exercice des missions disciplinaires ». « Des signalements et des condamnations pénales, y compris pour des faits d’une particulière gravité, n’ont pas fait l’objet de suites appropriées ou ont été traités avec des délais incompatibles avec les exigences de protection des patients et des praticiens » s’indigne le Dr Rist. Dans son rapport, l’IGF avait identifié au moins deux médecins qui n’ont pas fait l’objet de sanctions disciplinaires malgré des condamnations définitives pour des infractions sexuelles.
Au-delà de l’éventuelle dissolution du conseil de l’Ordre de Paris et de possibles poursuites pénales, la ministre de la Santé souhaite « remettre en ordre » (sans mauvais jeu de mots) les organisations ordinales. « Sous l’égide de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS), un plan d’action structurant est lancé afin de corriger rapidement les dysfonctionnements constatés et de refonder durablement le cadre d’intervention des ordres » explique ainsi la ministre. Ce plan « visera à garantir une transparence totale des pratiques financières, à assurer un traitement systématique, rapide et traçable des signalements, et à rendre effectives les procédures disciplinaires nécessaires et les sanctions associées ».
La ministre promet de premières mesures concrètes d’ici le mois de mai, ainsi que la lancée d’inspections visant d’autres ordres de professionnels de santé (comme les infirmiers ou les sage-femmes). « Nous irons jusqu’au bout pour garantir que les ordres professionnels remplissent pleinement leur mission de protection des patients et des praticiens » promet le Dr Rist.
Des annonces qui devraient satisfaire les syndicats de médecins, très critiques depuis plusieurs années des décisions prises par les ordres, tant sur le plan disciplinaire que les cotisations ordinales.
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