Le conseil de l’Ordre de l’Isère accusé de protéger un chirurgien dangereux
JIM.fr / Quentin Haroche 03 avril 2026
Une plainte a été déposée contre le conseil de l’Ordre isérois par l’avocat des victimes du chirurgien, qui demande la dissolution de l’instance ordinale.
Sale temps pour le Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM).
La série noire a commencé le 18 mars dernier, lorsqu’un rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) a épinglé la mauvaise gestion financière du CNOM, à la limite du détournement de fonds et de plusieurs de ses instances départementales, notamment le conseil de l’Ordre de Paris.
Ce mardi, la crise s’est accentuée lorsque la ministre de la Santé Stéphanie Rist a indiqué qu’elle envisageait sérieusement de dissoudre le conseil de l’Ordre de la capitale. Et c’est désormais le conseil de l’Ordre de l’Isère qui est dans le collimateur.
Le journal Le Monde a en effet révélé ce mercredi que l’avocat grenoblois Maître Edouard Bourgin avait déposé, à l’automne dernier, deux plaintes, l’une disciplinaire et l’autre au pénal, contre le conseil de l’Ordre de l’Isère pour « entrave aux mesures d’assistance, omission de porter secours, non-dénonciation de mauvais traitements infligés à personne vulnérable et prise illégale d’intérêts ». Dans sa plainte au pénal, l’avocat demande ni plus ni moins que la dissolution de l’instance ordinale iséroise.
L’avocat dénonce une omerta organisée par le conseil de l’Ordre
Le juriste accuse en effet les médecins ordinaux isérois d’avoir, pendant plus de dix ans, protégé un de leurs confrères devenu désormais tristement célèbre dans la région : le docteur V., chirurgien orthopédique grenoblois accusé d’avoir réalisé des opérations chirurgicales injustifiées sur plus de 70 patients. « Ses décisions d’opérer ont été prises dans la précipitation, par des menaces de paraplégies, par l’occultation systématique des alternatives thérapeutiques » expliquait ainsi l’an dernier Maître Bourgin, qui représente 53 victimes du chirurgien. Plusieurs de ces opérations injustifiées ont viré au drame, certains patients en étant ressortis avec un handicap lourd et définitif. Deux patients du Dr V. ont perdu la vie à la suite de leurs opérations. Depuis 2020, le médecin est mis en examen pour blessures et homicides involontaires et a également été condamné à plusieurs reprises au civil.
Or, Maître Bourgin affirme, sur le témoignage d’un médecin, que le chirurgien orthopédique a été volontairement protégé par le vice-président du conseil de l’Ordre de l’Isère, qui avait pourtant eu connaissance dès 2014 de « graves soupçons de danger que faisait peser ce chirurgien sur ses patients ». « Le conseil départemental savait, n’a utilisé aucun des pouvoirs qui lui sont dévolus par la loi pour protéger la santé des patients » explique au Monde Maître Bourgin.
Des médecins condamnés… pour avoir dénoncé les agissements du chirurgien
Dans les faits, le docteur V. n’a commencé à faire l’objet de sanctions disciplinaires qu’en 2019, soit cinq ans après les premiers signalements concernant son comportement erratique et n’a jamais été radié. Déjà en 2020, le Pr Jean Chazal, neurochirurgien, accusait l’ordre isérois d’avoir mis « dix ans à réagir » et d’éviter à tout prix de « faire tomber un collègue ».
« Dans cette affaire, la confraternité a viré à la complicité » accuse Maître Bourgin. « Et, en plus de la complicité, on ne peut que constater que le corps médical a mis en place une politique d’intimidation de tous ceux et toutes celles qui ont osé prendre la parole publiquement pour évoquer les errements de ce chirurgien ». En effet, ce ne sont pas moins de trois médecins qui ont été sanctionnés ces dernières années par le conseil de l’Ordre de l’Isère pour « manquement au principe de confraternité » pour avoir publiquement dénoncé les agissements du docteur V. « Toute cette procédure est viciée par l'omerta » conclut l’avocat.
Ni le conseil de l’Ordre de l’Isère, ni le CNOM n’ont pour le moment officiellement réagi à ces plaintes. Quant au docteur V., il continue de clamer son innocence.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire