JIM.F Quentin Haroche 09 juin 2026
L’instinct de survie n’existe apparemment pas que dans le règne animal : menacé de disparition, le conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) est bien décidé à ne pas mourir sans combattre. Dans un communiqué publié vendredi dernier, l’instance dirigeante de l’organisme représentant les praticiens a vivement critiqué les conclusions du dernier rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) sur les ordres nationaux des médecins, des pharmaciens et des chirurgiens-dentistes, publié le 1er juin dernier. Faisant le constat des nombreux manquements de ces ordres à leurs missions légales et des irrégularités importantes dans leurs gestions financières, l’IGF avait en effet proposé soit de fusionner les trois ordres, soit de les supprimer.
Le CNOM défend son organisation décentralisée
Une proposition qui n’est, sans surprise, pas vraiment du goût du CNOM. Il estime ainsi que les préconisations de l’IGF sont « déconnectées de la réalité », « radicales » et « méconnaissent la réalité des missions ordinales ». Pour le conseil de l’Ordre, il est totalement impensable d’envisager un système de santé dépourvu d’une instance ordinale pour encadrer et représenter les médecins. « Qui prendra en compte les situations concrètes vécues par les patients ? Qui garantira un traitement adapté aux réalités locales ? Et qui veillera, au quotidien, à la qualité, à la sécurité et à l’efficience de l’exercice médical ? » interroge le CNOM, avant de se lancer dans un plaidoyer pour le système ordinal. « La régulation par les pairs n’est pas un principe abstrait, elle est une garantie concrète pour les patients. Elle permet de concilier exigence déontologique, connaissance du terrain et prise en compte des situations individuelles, au plus près des réalités de l’exercice ».
Le CNOM revient également sur les critiques portées par l’IGF contre l’organisation décentralisée de l’Ordre qui, selon l’IGF, serait source de dépenses inutiles et de lourdeurs administratives. « Le CNOM est persuadé qu’un Ordre fort repose sur la complémentarité de ses trois échelons : départemental, régional et national » répond l’instance ordinale. « Chacun a son rôle et sa légitimité dans un ensemble cohérent, ancré dans les territoires. Ce maillage est essentiel : il permet d’entendre et d’accompagner les médecins et les patients en toute proximité et équité. Il favorise aussi des échanges construits avec les acteurs institutionnels au plus près des réalités et des spécificités territoriales ».
Le CNOM reconnait un besoin de réforme… mais rejette la faute sur le législateur
Alors que le CNOM a été pointé du doigt ces dernières années pour sa mauvaise gestion financière et a également été vivement critiqué pour son laxisme envers des médecins coupables d’infractions sexuelles, le conseil reconnait qu’il existe « un besoin de réforme et d’évolution » au sein de l’Ordre. Mais selon lui, le CNOM « n’a pas attendu l’IGF pour engager sa modernisation ». Le communiqué regrette ainsi que le rapport de l’IGF « passe sous silence les réformes conduites depuis plusieurs années et renforcées depuis juin 2025 ».
A ce titre, le CNOM tient à souligner que si certaines réformes de son organisation n’ont pas encore pu être menées à leurs termes (notamment sur le plan disciplinaire), c’est surtout en raison de « carences législatives ». Le conseil fait ainsi référence à sa proposition, ignorée pour le moment par le législateur, de permettre à l’Ordre des médecins d’accéder aux fichiers des auteurs d’infractions sexuelles, afin de pouvoir écarter immédiatement les médecins dangereux.
Bien que la ministre de la Santé Stéphanie Rist n’ait toujours pas commenté les conclusions de l’IGF, le CNOM sait que la menace qui pèse sur lui est réelle et existentielle. L’agence régionale de santé (ARS) d’Ile-de-France n’a en effet pas hésité à prononcer en avril dernier la dissolution du conseil départemental de l’Ordre des médecins de Paris en raison de problèmes organisationnels persistants. Le CNOM conclut donc son communiqué par un message volontariste, marquant sa détermination à vendre chèrement sa peau. « À tous les niveaux de l’Institution ordinale, le moment est venu de faire bloc et unité » écrit-il. « Défendre l’honneur et l’indépendance de la profession, protéger les patients et porter, d’une seule voix, une modernisation structurelle, pérenne, et ancrée dans les réalités du terrain ».
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